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Présentation

Huayna Potosí est une montagne située dans la cordillère orientale à 25km au nord de La Paz et dont le sommet culmine à 6 088 mètres d’altitude. Son ascension est considérée par la plupart des alpinistes comme l’une des plus accessibles parmi les difficiles. En effet, les pentes sont relativement peu inclinées à l’exception du dernier tiers où elles peuvent atteindre 80° sur certains versants. Selon les guides, le taux de réussite de l’ascension serait d’environ 60%. C’est à la fois beaucoup et peu compte tenu du fait que ceux qui se lancent dans l’aventure sont pour la plupart confiants quant à leurs capacités physiques et mentales. La principale difficulté réside en fait dans la capacité du corps à s’acclimater à l’altitude.

Les risques liés à l’ascension

Ils peuvent se manifester dès 3 000 mètres si l’individu n’est pas correctement acclimaté : hypothermie, fatigue, maux de tête, nausées, crampes d’estomac… Dans mon cas, le fait d’avoir fait plusieurs randonnées et excursions dans la cordillère des Andes me rend plutôt optimiste quant à ma capacité d’adaptation à l’altitude. Du moins jusqu’à 4 500 m. Au-delà, je n’en sais strictement rien.

Il existe aussi des risques exogènes dus notamment à la présence de crevasses à certains endroits. Sur la route, il faut d’ailleurs en enjamber certaines dont la largeur fait moins de 80 cm mais la profondeur plusieurs dizaines de mètres. Mais il n’y a pas le temps de tétaniser non plus puisqu’il faut absolument avoir terminé l’ascension et la descente avant 9h du matin à cause des risques d’avalanche que provoque le soleil en chauffant les neiges.

L’ascension

J’ai décidé de la faire sur 2 jours et 2 nuits afin de pouvoir m’adapter progressivement et éviter l’abandon qui serait fatal également à mon partenaire d’ascension. En effet, nous monterons à 3, le guide Eliséo en tête auquel mon coéquipier allemand Stefan et moi-même seront encordés. Pour des raisons évidentes de sécurité, si l’un de nous faiblit, l’ensemble de la cordée doit redescendre au camp de base. A la fois rassurant mais cela ajoute aussi un petit peu plus de pression.

Le reste du matériel est classique : crampons pour éviter les glissades et chutes sur les parties enneigées les plus inclinées, un piolet pour nous aider à nous hisser avec nos bras, de nombreux habits thermiques (pantalon, veste, gants et sous-gants) pour résister aux -15°C qui nous attendent là-haut et une lampe frontale puisque la montée se fait à de 1h à 7h du matin.

Jour 1

La première journée est consacrée à l’essai du matériel : vérifier que les crampons nous siéent. Nul ne souhaite s’apercevoir à 5 000 mètres d’altitude qu’ils ne tiennent pas et que pour 2 pas en avant difficilement réalisés, la glace glissante nous en fait reculer de un. C’est aussi l’occasion de franchir un mur de glace vertical d’une douzaine de mètres. Exercice à la fois physique puisqu’il se fait à la force des bras mais aussi technique car le plantage de piolets nécessite une certaine dextérité. Surtout, cela permet de se rendre compte que le souffle est très rapidement coupé au moindre effort. Et dire que nous ne sommes pour l’instant qu’à 4 700 mètres d’altitude…

D’ailleurs, un membre d’un autre binôme d’Allemands qui doit faire l’ascension en même temps que nous semble déjà particulièrement souffrir physiquement, notamment de difficultés respiratoires. En discutant avec eux le soir, j’apprends qu’ils sont particulièrement portés sur la fumette, ce qui me rend davantage sceptique sur leur capacité à monter. A raison puisqu’ils m’ont appris le lendemain qu’ils ont finalement préféré jeté l’éponge à mi-parcours.

Jour 2

Après une nuit de mauvaise qualité en raison d’un léger mal de tête, je me rends compte que je manque d’appétit, un syndrome classique en haute montagne,  mais je me force tout de même à ingurgiter un peu de pâtes et de poulet. Au programme de la journée, 3 heures de grimpette pour atteindre le camp situé à 5 100m. C’est à partir de celui-ci que débutera l’ascension le soir même, à 1h du matin. Sur le dos, je porte environ 12kg de matériel. C’est d’autant plus lourd que le rythme est soutenu et que je sens progressivement l’oxygène qui se raréfie. Ça m’inquiète un peu pour l’ascension du soir.

A peine arrivé au camp qu’il faut prendre le dîner à 15h et se coucher à 16h. Autant dire que je n’ai pas réussi à dormir plus d’une heure au total… Il est minuit, l’heure de s’équiper et de prendre quelques matés de coca pour nous hydrater, nous réchauffer et dilater quelque peu le réseau sanguin. Nous enfilons les multiples couches de textile, bouclons les sangles de nos casques et de nos chaussures, allumons nos frontales et c’est parti pour 6 heures de montée. Difficulté supplémentaire : il a neigé pendant la nuit. De ce fait, la première partie qui était censée être relativement facile est en fait extrêmement glissante. A plus forte raison d’ailleurs qu’il s’agit d’une crête rocheuse. Notre guide a même fait une chute, heureusement sans nous entraîner, Stefan et moi-même, ses compagnons de cordée. Au bout de 45 minutes, première réelle difficulté. La pente dépasse les 10° pour la première fois. Nous sommes au pied du glacier, la neige est glissante : nous enfilons nos crampons en vitesse. Il fait déjà très froid et chaque moment d’immobilité nous le rappelle violemment. D’ailleurs, pendant toute la durée de l’ascension, nous ferons une pause de 4-5 minutes toutes les heures. Ni plus, ni moins. Au total, il y a 1 000m de dénivelée positive qu’il nous faut grimper en 6 heures et 8km de marche.

La grimpette se fait à un rythme régulier : doucement mais sûrement. Enfin pas si doucement pour notre équipe puisque nous doublons quelques cordées pour nous retrouver dans le peloton de tête avec un autre trinôme constitué d’un couple de Français (cocorico!) et de leur guide. Au fur et à mesure que le temps passe et que nous prenons de l’altitude, je sens mon souffle être de plus en plus court. Chaque inspiration semble être de moins en moins suffisante pour alimenter en oxygène mes jambes. Je m’efforce de ne pas haleter mais de continuer à enchaîner les longues inspirations suivies de longues expirations. Vraisemblablement, je ne suis pas le seul à commencer à souffrir : un binôme de Japonais jette l’éponge au bout de 2 heures en raison de maux de tête trop violents. Il reste 4 heures d’ascension et chaque heure sera toujours plus difficile que la précédente. Je comprends que le mental aura une part importante pour transformer le pari en succès. Dans l’effort, nous ne nous parlons que très peu avec mon coéquipier allemand. Je le vois en proie aux premières difficultés également mais il m’assure qu’il n’abandonnera pas. Tant mieux.

Au bout de 3 heures, nous faisons une nouvelle halte à 5600m. Nous sommes dans les temps. Nous sommes à la moitié. Ayant la gorge sèche et quasiment glacée par le vent, je décide de sortir ma bouteille d’eau pour hydrater la machine. J’ouvre le bouchon, ma bouche et lève le coude en l’air. Rien ne sort et j’entends le guide exploser de rire : l’eau de ma bouteille avait gelé ! Par bonheur, Eliséo avait préparé un thermos de maté de coca. Au prix de gros efforts, je parviens aussi à ingurgiter une moitié de barre de céréales malgré la sensation de dégoût et surtout de quelques crampes d’estomac lancinantes. Heureusement, cela ne dure que quelques minutes et disparait aussi vite que ça apparaît.

C’est parti pour la deuxième moitié. Psychologiquement, savoir que l’on est plus proche de la fin que du début, c’est plus confortable. Mais physiquement, ça ne l’est pas du tout. Nous avons à franchir une crête enneigée à l’aide des piolets. Il faut rester on ne peut plus vigilant puisque de l’autre côté, il n’y a que le vide. Le guide nous demande de ne pas regarder en bas pour ne pas nous déconcentrer. Bien qu’encordés, une chute pourrait être désastreuse pour tous les 3. C’est sûrement la partie la plus technique, la plus dangereuse et quasiment la plus physique également. Surtout qu’il est très difficile de progresser à rythme régulier puisque les piolets s’enfoncent à des degrés différents à chaque nouveau planter. Au bout d’une demi-heure, l’obstacle est franchi. On le regarde avec fierté et soulagement.

Désormais, nous progressons sur une partie assez pentue mais qui a l’avantage d’être très régulière. Ce qui n’empêche pas de constamment se sentir en dette d’oxygène. Seul le guide, Andin de naissance, ne semble pas être en train de fournir un effort extrême. Pour ma part, j’ai déjà atteint depuis plusieurs minutes ma VO2 max lorsqu’ Eliséo nous indique que nous sommes sur le point de franchir la barre des 6 000m d’altitude. Le sommet semble à la fois si proche et si lointain. D’autant plus que la dernière partie est la plus inclinée du parcours.

De nouveau, il faut mettre tous nos muscles en service. Les jambes semblent peser une tonne chacune et les bras sont toujours endoloris de leur précédente mise à contribution. Le cœur bat à toute vitesse et le souffle semble toujours être en retard. Mais puisque nous sommes déjà arrivés jusqu’ici, nous savons que nous allons parvenir à atteindre le sommet. Cette réjouissante idée psychosomatique nous procure des forces que nous ne soupçonnions plus. Du moins, les 5 premières minutes. Mais la dernière étape nous prend au final 45 minutes tant notre corps nous réclame des pauses quasiment tous les 15 mètres. Mon compagnon de cordée a de plus en plus de mal à planter son piolet parce qu’il dit ne plus sentir l’extrémité de ses doigts. Pour ma part, je ne souffre pas du froid, heureusement. C’est donc le corps usé mais encore fonctionnel que j’atteins le sommet. En même temps que le soleil. La vue est splendide. On y découvre une vue panoramique imprenable sur la cordillère royale avec le lac Titicaca en fond d’horizon. Magique. Même le mal de tête assez douloureux que je ressens à ce moment ne vient ternir cet instant d’extase.

Après 5 minutes à profiter du panorama unique, nous entamons la descente. Elle prendra tout de même 2 heures bien qu’elle en parut davantage du fait de l’épuisement à la fois physique et psychologique. C’est avec un soulagement énorme et une fatigue sans précédent que nous atteignons le camp de base. Le temps de partager le café de la victoire. Puis de redescendre tranquillement vers la Paz bien que l’esprit soit resté encore un long moment dans les nuages de l’Huayna Potosi.

Conclusion

Il s’agit assurément d’un défi d’envergure pour toute personne n’ayant jamais fait d’alpinisme auparavant. Si la grande partie des témoignages que l’on peut lire sur internet ne sont pas rassurants, l’ascension reste tout-à-fait faisable à condition d’être assez affuté physiquement, sans problèmes de souffle, mais surtout d’être correctement acclimaté à l’altitude. Dans ce cas, cela restera sans aucun doute un souvenir impérissable dont vous vous souviendrez toute votre vie avec allégresse.

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Pierre
juillet 3, 2019 at 07:11 Répondre

Le récit donne envie, les photos font rêver, mais la description des souffrances successives rappelle à la réalité, tout exploit personnel se mérite, comme tu le décris si bien l’artifice n’a pas sa place les abandons en sont la Preuve. Félicitations pour cette réussite.

planetedeshommes
juillet 3, 2019 at 20:56 Répondre

Merci! On ne peut pas encore parler de ‘verticale des fous’ mais les efforts à fournir sont intenses, oui!
D’ailleurs, à quand l’ascension de l’Aconcagua??

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